Claire Carteron, Directrice Ressources Humaines du Groupe JJA, leader européen BtoB de la décoration et de l'équipement de la maison (connu pour ses marques Hespéride, Atmosphera, 5five) partage sa vision d'une formation devenue levier de performance et de fidélisation des talents.
Des compétences qui se périment, des besoins qui s'accélèrent
Pour Claire Carteron, aujourd’hui, les cycles de transformation s'accélèrent et certaines compétences, surtout techniques, ont tendance à se déprécier presqu’aussi vite qu'elles se construisent. « Le principal défi est l'accélération permanente des transformations : digitalisation et impact de l'IA générative, évolution rapide des métiers, internationalisation, nouvelles attentes des collaborateurs », énumère-t-elle. Chez JJA, deux populations stratégiques sont en première ligne de ce changement : les managers, chargés d'accompagner les mutations humaines et organisationnelles, et les métiers de l'offre, dont les expertises doivent constamment s'adapter aux évolutions du marché.
Face à cette obsolescence accélérée, Claire Carteron alerte sur un piège fréquent : se contenter de parer au plus pressé. « La montée en compétences est complexe parce qu'elle suppose d'anticiper les besoins futurs, pas seulement de répondre aux urgences immédiates, prévient la DRH. Elle exige une vision stratégique, des priorités claires, du temps, et un lien étroit avec les enjeux business. »
De la dépense à l'investissement : un changement de paradigme
Claire Carteron tranche : la formation n'est pas un poste de coûts, c'est un placement sur le long terme. « Investir dans les compétences, c'est investir dans la capacité d'adaptation de l'organisation, dans sa performance durable, mais aussi dans la fidélisation des talents », affirme-t-elle. Une conviction portée au plus haut niveau de l'entreprise, puisque le CEO Groupe JJA Jacques-Olivier Abiteboul « considère depuis plusieurs années déjà la formation comme un outil stratégique. »
Quand les équipes sont bien formées, les effets se font sentir de manière tangible. « On observe davantage d'autonomie, une meilleure appropriation des changements, plus de fluidité dans la coopération entre services et une plus grande capacité à prendre des décisions pertinentes », détaille la DRH. Des collaborateurs mieux armés, et en conséquence mieux préparés à évoluer dans un monde que Claire Carteron décrit comme passé de « VUCA » – volatil, incertain, complexe, ambigu – à « BANI » : brisable, anxieux, non linéaire, incompréhensible.
Mesurer autrement : du ROI au ROC
Sur la question de la mesure, Claire Carteron invite à dépasser la seule grille financière. « Dans le domaine de la formation, le retour sur investissement purement financier est souvent trop réducteur. La valeur créée est souvent progressive, diffuse et collective », reconnaît-elle. JJA privilégie désormais la notion de ROC (Return on Contribution) qui tend à mettre en exergue ce que la formation apporte concrètement à l'organisation en termes d'évolution des pratiques, de montée en autonomie, de qualité managériale ou encore de capacité d'adaptation.
Réinventer les formats pour mieux former
Pour la DRH de JJA, les parcours de formation uniformes ont fait leur temps. « Les collaborateurs attendent des dispositifs adaptés à leurs métiers, à leurs besoins réels et à leur niveau de maturité », observe-t-elle. L'avenir appartient aux formats hybrides – mêlant présentiel, digital, mises en situation terrain et apprentissage entre pairs.
Claire Carteron insiste également sur des dimensions trop souvent négligées : l'émotion et la co-construction. Le formateur n'est ainsi plus celui qui déverse son savoir. « La personne qui forme doit préparer un terrain émotionnel, inviter à la concentration et se rappeler que l'information est disponible partout et tout le temps. » Dans un monde où « l'infobésité » et la distraction numérique minent l'attention et augmentent la charge mentale, l'enjeu est alors de créer les conditions d'un apprentissage réellement transformant.
Avec, en ligne de mire, un impact concret sur la performance. Comme Claire Carteron le résume : « La formation transforme les ambitions de l'entreprise en compétences durables, capables de soutenir sa performance dans le temps. » Une conviction qui, chez JJA, se traduit par une ambition claire : faire de l'entreprise une organisation véritablement apprenante.