| À retenir |
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| • 9 personnes majeures sur 1 000 déclarent avoir été victimes de violences conjugales en 2022. |
| • Une femme décède tous les 3 jours, un homme tous les 14 jours. |
| • Les violences ne sont pas seulement physiques : elles peuvent être psychologiques, verbales, économiques, administratives ou numériques. |
| • Les professionnels du logement social sont souvent parmi les premiers à percevoir des signaux faibles. |
| • La formation permet d’agir sans se substituer aux autorités, dans un cadre sécurisé. |
Dans le logement social, des professionnels en première ligne… souvent sans le savoir
Il est 8h30. Le gardien fait sa tournée. Depuis plusieurs semaines, il remarque la même chose : des disputes fréquentes dans un logement, des allées et venues inhabituelles, une locataire qu’il ne croise plus jamais seule ou qui rase les murs. Rien de spectaculaire. Et pourtant, un malaise persiste.
Selon les données nationales, plus d’une femme sur dix déclare avoir été victime de violences conjugales au cours de sa vie 3, un phénomène qui traverse tous les milieux, et qui n’épargne pas le logement social. Les professionnels de proximité sont souvent les premiers à observer des indices indirects, ce qui rend leur rôle essentiel dans la prévention, comme le précise Hélène Delage, assistante sociale, experte auprès de la cour d’appel de Bordeaux et formatrice : « Ils font partie de ceux qui sont au plus près de la population. Un agent d’entretien, un gardien, un prestataire de service et de dépannage, etc. : ces personnes sont très importantes parce que les résidents ont l’habitude de les croiser. Quand l’uniforme d’un policier peut impressionner, les figures familières, du quotidien, ont un vrai rôle à jouer ».
Pourquoi la détection repose sur des signaux faibles ?
Dans le logement social, comme ailleurs, ces violences se manifestent rarement de façon frontale. Elles se glissent dans les interstices du quotidien. Et derrière les chiffres, la réalité est souvent diffuse.
« Le plus facile à détecter c’est la violence physique mais il existe aussi une violence verbale et psychologique qui consiste à harceler, dévaloriser, isoler, etc. La violence peut aussi passer par le fait d’imposer des choses : porter tels vêtements, avoir telles pratiques (religieuses, sexuelles). On retrouve régulièrement l’isolement social et familial » explique Hélène Delage qui précise le mécanisme d’emprise : « On donne peu d’accès à l’extérieur librement, on organise l’éloignement des proches. Parfois, les victimes peuvent seulement accompagner les enfants à l’école et faire quelques courses. Elles ont parfois l’impossibilité d’avoir accès à des ressources ou des papiers d’identité, c’est ce qu’on appelle la violence financière et administrative ».
Les victimes peuvent minimiser, se taire, ou craindre les conséquences d’une révélation (perte du logement, représailles, jugement). Dans ce contexte, aucun signe pris isolément ne suffit. C’est la répétition, l’accumulation et le changement de comportement qui doivent alerter.
| Types de signaux | Exemples concrets |
|---|---|
| Comportements | Locataire qui évite le contact, ne parle plus sans son conjoint, semble craintif |
| Discours | Justifications fréquentes, contradictions, propos banalisant la violence |
| Situations répétées | Dégradations régulières du logement, interventions techniques fréquentes |
| Organisation du quotidien | Courrier contrôlé, impossibilité de prendre des décisions seul(e) |
| Environnement | Cris signalés par le voisinage, isolement progressif |
Ces signaux ne sont pas des preuves, mais des indicateurs d’alerte.
Que peut faire un professionnel du logement social ?
« Je dirais que l’on est d’abord citoyen avant d’être professionnel. C’est presque une assistance à personne à danger. On pense souvent que ça ne nous regarde pas, mais c’est l’affaire de tous. Il vaut mieux douter et se tromper à tort que de détourner le regard. Ayons conscience que sortir d’une situation de violence tout seul c’est quasiment impossible, il faut de l’aide » constate Hélène Delage. Elle souligne plusieurs actions que les professionnels du logement social peuvent enclencher :
- Campagnes d’affichage dans les halls, éventuellement en plusieurs langues ;
- Diffusion des numéros gratuits (numéro 3919) ;
- Communication sur les associations de proximité ;
- Orientation vers les dispositifs existants ;
« Rien que le fait d’orienter une personne, c’est déjà agir » complète l’experte qui rappelle aussi les leviers juridiques existants, notamment l’ordonnance de protection prévue par la loi du 9 juillet 2010, permettant le maintien dans le logement ou l’éviction du conjoint violent, ainsi que les évolutions introduites par la loi ELAN de 2018 concernant la solidarité locative.
Par ailleurs, certaines postures peuvent être adoptées et d’autres évitées :
| Postures à adopter | Postures à éviter |
|---|---|
| Écoute bienveillante et factuelle | Confrontation directe avec l’auteur présumé |
| Orientation vers des professionnels compétents | Promesses irréalistes |
| Respect du cadre et de la sécurité | Intrusion dans la vie privée |
La formation : un levier central de prévention et de sécurisation
Sans formation, les professionnels peuvent osciller entre deux écueils : ne rien faire par peur de mal faire, ou intervenir de manière inadaptée : « On manque d’informations et de formation. La formation permet de déconstruire les idées reçues – on pense d’abord aux coups en omettant l’importance de la violence psychologique – et de comprendre les mécanismes d’emprise, mais aussi de savoir expliquer ce que sont les dépôts de plainte. Se former donne aussi les clés sur les postures à adopter : écoute, non jugement, respect de la parole. Cela apporte des connaissances spécifiques sur les acteurs à mobiliser ».
Former les équipes du logement social, c’est :
- Identifier toutes les formes de violences (y compris psychologiques et numériques) ;
- Comprendre les mécanismes d’emprise et les cycles de violence ;
- Savoir accueillir la parole sans juger ;
- Connaître les dispositifs (numéro national, CRIP (Cellule de recueil de traitement de d’évaluation), procureur, partenaires locaux) ;
« Il faut rester humble : rien n’est vain. Même si la personne retire sa plainte, ce sont des petits pas. Plus on en parlera, plus on sortira ces violences de l’invisibilité » conclut Hélène Delage.
Se former pour mieux prévenir et agir
Dans un contexte majoritairement urbain, où les résidences concentrent parfois des publics fragilisés ou éloignés de leurs droits, le logement social joue un rôle clé. Les professionnels de proximité ne sont ni enquêteurs ni juges, mais ils peuvent être des déclencheurs de protection. Cependant, agir correctement c’est avoir des repères, une posture professionnelle claire et une connaissance des dispositifs existants.
Découvrez les formations UDD dédiées au logement social et construisez un cadre d’intervention sécurisé pour vos équipes afin de prévenir et gérer les situations de violences familiales, accueillir et orienter la parole des victimes, sécuriser les pratiques des équipes de proximité et renforcer la coopération avec les partenaires locaux.
| FAQ – Violences conjugales et logement social — L’essentiel |
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Comment repérer les violences conjugales ? Dans le logement social, les violences sont souvent invisibles. Des signaux comme des plaintes de voisinage répétées, des dégradations, un isolement ou des difficultés administratives soudaines doivent alerter. La formation permet de repérer ces situations sans interprétation hâtive. |
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Que peut faire un bailleur social ? Le bailleur joue un rôle clé d’écoute et d’orientation. Il peut faciliter l’accès aux partenaires spécialisés, adapter certaines procédures et contribuer à sécuriser le parcours résidentiel des victimes, dans le respect du cadre légal. |
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Pourquoi se former avec l’UDD ? Les formations proposées sur-mesure ou clés en main par l’UDD apportent des repères clairs, des outils concrets et un cadre sécurisant pour agir face aux violences conjugales. Se former, c’est renforcer le rôle social du logement et mieux protéger les personnes concernées. |
| Le Ministère chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations a aussi édité un guide. |
1 Enquête Vécu et Ressenti en matière de Sécurité (VRS), 2023
2 Lettre de l’observatoire national des violences faites aux femmes, mars 2024
3 Ministère de l’Intérieur : détail des violences conjugales enregistrées par les forces de sécurité en 2022 (publié en novembre 2023)