Publication : 06 Octobre 2026 Temps de lecture : 7 min

À l'occasion de la 75ᵉ édition de la Semaine Bleue, dont le thème est « Relions tous les âges dans des territoires engagés ! », retour sur ce que le lien intergénérationnel signifie concrètement dans l'accompagnement à domicile et en ESSMS, et sur ce que cela implique pour la formation des professionnels du médico-social. Éclairages croisés avec Serge Guérin, sociologue spécialiste du vieillissement, et le témoignage de terrain de Thomas, assistant de vie.

La « guerre des générations » aura-t-elle lieu ? 

Pour Serge Guérin, le choix de ce thème pour la Semaine Bleue va à rebours d'un discours ambiant qui oppose systématiquement jeunes et seniors. « Il n'y a pas de guerre des générations, il n'y a pas tant d'oppositions que cela », affirme-t-il. Le sociologue observe au contraire que l'hétérogénéité est aujourd'hui plus marquée à l'intérieur de chaque génération qu'entre elles : fractures territoriales, écarts culturels, parcours de vie de plus en plus divers, à 20 ans comme à 80 ans.

Ce diagnostic s'appuie sur une réalité démographique nette : la France compte aujourd'hui plus de 15 millions de personnes de 65 ans et plus, un chiffre appelé à croître fortement dans les prochaines décennies. Cette évolution rend les solidarités intergénérationnelles structurellement plus nécessaires, dans la famille, mais aussi dans le champ professionnel de l'accompagnement.

Le regard de l'UDD

Parler de générations ne doit pas conduire à enfermer les personnes dans des catégories. L’âge peut influencer les références, les habitudes ou les attentes, mais il ne suffit pas à définir une personne. Deux personnes du même âge peuvent avoir des parcours et des besoins très différents, tandis que deux personnes de générations éloignées peuvent partager de nombreux points communs.

Pour les professionnels du médico-social, l’enjeu est donc de prendre en compte les différences générationnelles sans perdre de vue les singularités de chacun. Une approche que nous intégrons dans nos formations aux métiers de l’accompagnement.

Le domicile et le médico-social, terrains de la réciprocité ?

Serge Guérin situe l'un des lieux les plus concrets de lien intergénérationnel dans la relation entre un professionnel de l'accompagnement et la personne qu'il suit. « Les aidants sont au cœur du CARE. S'ils n'étaient pas là, le système de santé s'écroulerait », rappelle-t-il. « Vieillissement et sollicitude sont complètement imbriqués ».

Il insiste sur un basculement de modèle : la transmission ne va plus seulement des aînés vers les cadets, elle fonctionne dans les deux sens. « Avant, on apprenait auprès des gens âgés, mais aujourd'hui on apprend aussi aux personnes âgées. Cela s'appelle la réciprocité, c'est cela l'intergénération ».

Le témoignage de Thomas, 24 ans, qui accompagne des personnes en perte d’autonomie à Chambéry, donne corps à cette analyse. Il raconte avoir initié une personne âgée isolée aux usages numériques : « Je lui ai fait découvrir Netflix, YouTube. Maintenant, elle a davantage de loisirs et d'occupations, d'autant qu'elle ne peut plus beaucoup sortir de chez elle ». L'échange fonctionne dans l'autre sens : « J'ai aussi l'exemple d'une dame qui m'a appris une astuce domestique, que j’ai transmise à mon tour ». 

Le regard de l'UDD

Cette réciprocité ne s'improvise pas complètement : créer un moment où chacun trouve réellement sa place est complexe, savoir accueillir ce que l'autre a à transmettre, à tout âge, suppose une posture professionnelle spécifique (écoute, juste distance, valorisation de la parole de la personne accompagnée). C'est un axe que l'on retrouve dans nos formations à la relation d'aide et à la communication professionnelle en ESSMS.

Intergénération : quels clichés faut-il déconstruire ?

Serge Guérin observe que beaucoup de clichés sur les générations doivent être déconstruits : notamment sur l'écologie (« les vieux sont pollueurs et les jeunes écolos ») ou sur l'autorité, où il note, contrairement à ce que l’on pourrait penser, « une demande d'autorité par une partie des jeunes ». Il rappelle aussi le rôle social actif des seniors : plus d'un tiers des maires des communes françaises sont aujourd'hui des retraités.

Sur la dépendance, sujet plus délicat, il ne minimise pas la difficulté : « C'est rude, donc c'est normal que ça fasse peur. Certains sont à l'aise avec ça et d'autres non ». Mais il insiste sur le fait que le regard peut évoluer : « Ça s'apprend, notamment au niveau des représentations, en dédramatisant, en expliquant qu'on n'est pas nécessairement malheureux d'être diminué. Cela repose sur un bon accompagnement, des discussions avec ses pairs ».

Le regard de l'UDD

Ce constat rejoint une conviction que nous portons dans nos parcours : dédramatiser la dépendance et la perte d'autonomie fait partie intégrante de la formation d'un professionnel du médico-social, au même titre que les gestes techniques. C'est un travail sur les représentations, qui se construit aussi collectivement, entre pairs.

La formation, vecteur de transmission entre professionnels ?

Interrogé sur le rôle de la formation dans la transmission des compétences entre générations de professionnels, Serge Guérin évoque l'importance des stages pour les plus jeunes, « à condition qu'ils soient bien accompagnés » et propose par ailleurs une formule pour mieux valoriser le mentorat dans ces métiers : « Imaginez, "je me retrouve à être tuteur ou tutrice, moi qui ai peu de diplômes, cela est valorisant car on considère que mes compétences me permettent de chapeauter ».

Le regard de l'UDD

C'est précisément la fonction que nous donnons à la VAE et à la formation continue : transformer une expérience de terrain en compétences reconnues. Un enjeu de progression de carrière.

Le collectif de pairs : un atout pour tenir dans la durée ?

Serge Guérin souligne l'importance, pour ces professionnels, de disposer d'espaces d'échange entre pairs afin de ne pas rester isolés face à des situations parfois éprouvantes. Thomas en témoigne à sa manière : « Amie infirmière, collègues de métier : il est important pour moi d'avoir ce réseau-là pour discuter et se décharger. D'avoir des relais pour soi et pour les personnes accompagnées ».

Le regard de l'UDD

Ce besoin de collectif, nous le retrouvons dans nos formations en présentiel et nos temps d'échange entre stagiaires : au-delà des contenus, ce sont aussi des espaces où des professionnels isolés dans leur pratique quotidienne trouvent un réseau de pairs.

Intergénération : qu’est-ce qui fonctionne... ailleurs ?

Serge Guérin cite volontiers l'exemple des pays nordiques, où la formation tout au long de la vie professionnelle est structurellement intégrée aux parcours, y compris aux âges « avancés ». Il évoque le Danemark, où le départ à la retraite doit atteindre 70 ans à l'horizon 2040 : une évolution rendue possible par une adaptation continue des compétences. « Les pays où l'espérance de vie est la plus élevée sont ceux où l'on travaille le plus longtemps », observe-t-il.

La conclusion de l’UDD

Une conviction se dégage : la réussite d'un projet intergénérationnel se mesure à la qualité de la relation qui s'y construit et non pas au nombre d'animations organisées, au bon déroulé ou à quelques idées originales. Elle repose sur des professionnels capables d'adapter leur posture, de favoriser la participation de chacun, de communiquer avec justesse et de transformer une rencontre en véritable moment d'accompagnement.

Le lien entre générations ne s'improvise pas : il se construit, jour après jour, par des professionnels formés à cette relation. Faites monter vos équipes en compétences avec les formations « Optimiser sa communication relationnelle et anticiper les conflits », « Communication avec les proches aidants » et « Référent vie sociale en ESSMS ».