En 2024, plus de 20 000 personnes de 65 ans et plus sont décédées en lien avec une chute en France, et 174 824 ont été hospitalisées, selon Santé publique France. Les professionnels connaissent les facteurs de risque, mais les chutes continuent malgré tout. Car le risque n’est pas seulement matériel : il est aussi humain et organisationnel. Voici 5 situations du quotidien en ESSMS, souvent banalisées, avec pour chacune le réflexe de prévention et le levier de formation associé.
1. Le lever nocturne sans accompagnement : la nuit, personne ne voit tomber
« Il a sa sonnette, il peut nous appeler ».
Un résident se réveille, ne veut pas déranger, se lève seul dans la pénombre. Dans une analyse de la Haute Autorité de Santé portant sur les chutes graves déclarées1, 98 sont survenues en période de vigilance réduite : 39 la nuit, 33 le week-end, 11 au changement d’équipe. Les médicaments sédatifs (anxiolytiques, antidépresseurs, hypnotiques) font aussi partie des causes citées.
| AVANT | APRÈS |
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| « Il peut appeler s’il a besoin » : le lever nocturne est vu comme un choix du résident. | Le lever nocturne est un risque prévisible, propre à chaque résident. |
Le réflexe : repérer avec l’équipe de jour qui sont les résidents qui se lèvent la nuit et à quelle heure, puis proposer l’accompagnement avant le besoin plutôt qu’après l’appel.
Le levier formation : apprendre à construire ce repérage en équipe et à le transmettre entre le jour et la nuit.
2. Le résident désorienté à qui « on a déjà dit » : la consigne ne protège pas
« On lui a expliqué dix fois de ne pas se lever seul ».
Un résident désorienté ne retient pas la consigne, et il ne s’agit pas de mauvaise volonté. Pourtant, dans les déclarations HAS1, les troubles mentaux (démence, désorientation, troubles cognitifs) sont cités dans 61 cas sur 108 parmi les causes liées au patient, et le non-respect de la consigne d’appeler pour se lever est en cause dans 11 chutes survenues hors acte de soin.
| AVANT | APRÈS |
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| La chute est attribuée au comportement du résident (« il n’écoute pas »). | Le déplacement est un signal à décoder. |
Le réflexe : chercher le besoin derrière le déplacement (douleur, envie pressante, angoisse) au lieu de répéter l’interdit, et le partager avec toute l’équipe.
Le levier formation : savoir décoder un comportement et adapter l’accompagnement, plutôt que la consigne.
3. Fin de repas, relève, week-end : l’équipe est partout, mais pas toujours au bon moment
« C’est l’heure du repas, on ne peut pas être partout ».
Couloirs encombrés, déambulateurs qui se croisent, résidents qui se lèvent en même temps : ce sont les moments où l’équipe est la plus sollicitée, donc la moins disponible pour observer. La HAS1 relève d’ailleurs la bousculade entre patients parmi les causes de chute, et la charge de travail parmi les facteurs à risque de l’environnement de travail.
| AVANT | APRÈS |
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| Le rush est vu comme une fatalité. | Les pics d’activité sont des risques connus, donc anticipables. |
Le réflexe : identifier 2 ou 3 moments à risque dans la structure (lieux, horaires) et y positionner volontairement une présence, même brève.
Le levier formation : analyser en équipe ses propres situations à risque.
4. La salle de bains et les soins d’hygiène : le risque que l’on croit maîtriser
« Je le laisse deux minutes, il est assez autonome ».
Sols humides, transferts, station debout prolongée : c’est dans ce cadre que l’on peut chuter lors d’un soin. Dans les chutes graves déclarées pendant un acte1, 35 cas sur 45 sont liés aux soins d’hygiène et de confort, dont 18 lors de transferts ou de mobilisations. La cause immédiate la plus fréquente est une mauvaise utilisation du matériel (17 cas sur 45), et le non-recours à un collègue pour mobiliser le patient (8 cas).
| AVANT | APRÈS |
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| L’autonomie déclarée fait foi : « il sait faire ». | L’autonomie évolue et se réévalue. |
Le réflexe : rester à portée de voix ou d’appel, vérifier le matériel avant le transfert, solliciter un collègue sans y voir un aveu de faiblesse.
Le levier formation : les techniques de transfert et d’utilisation du matériel, à répéter régulièrement (une recommandation explicite de la HAS).
5. Le retour d’hospitalisation ou le changement de traitement : « il est stable ». Êtes-vous vraiment sûr ?
« Il est revenu de l’hôpital, il est comme avant ».
Fatigue, effets secondaires, perte de repères : un retour ou une modification de traitement change le profil du risque, sans que l’organisation s’en aperçoive toujours. Du côté de l’équipe, les difficultés de communication entre professionnels, d’informations écrites et de transmissions sont les causes profondes les plus citées (25, 19 et 17 déclarations sur 44). La HAS1 recommande d’évaluer le risque dès l’arrivée du résident, de le réévaluer régulièrement, et de réexaminer le rapport bénéfice-risque des traitements.
| AVANT | APRÈS |
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| Le retour est un non-événement. | Le retour est une période de fragilité à part entière. |
Le réflexe : systématiser une réévaluation du risque de chute à chaque retour ou changement de traitement, avec trace dans le dossier.
Le levier formation : apprendre à repérer les signaux faibles d’une fragilisation, notamment le syndrome post-chute. La HAS le décrit comme une désadaptation psychomotrice avec perte d’autonomie, troubles de la posture et de la marche, qui majorent le risque de nouvelles chutes2.
Ce que ces 5 situations ont en commun
Aucune ne relève d’un manque de connaissances théoriques : ce sont des situations devenues normales, parce que le temps, les effectifs ou l’énergie manquent pour les regarder autrement. Le vrai risque, c’est la banalisation.
La HAS observe d’ailleurs que, lorsqu’une barrière a fonctionné, la plus fréquente était la présence d’un personnel formé, capable de réagir rapidement (17 cas sur 36). La formation ne sert donc pas à réapprendre ce que les équipes savent déjà, mais à leur redonner un regard, un langage commun et la capacité d’agir ensemble.
FAQComment prévenir les chutes des personnes âgées en EHPAD ? La HAS recommande notamment d’évaluer le risque de chute dès l’arrivée du résident et de le réévaluer régulièrement, de revoir le bénéfice-risque des traitements, d’aménager la chambre et la salle de bains, et de tracer toutes les chutes. Côté activité physique, l’Inserm3 indique que les exercices centrés sur l’équilibre réduisent le risque de chute d’environ 25 %. Quelles sont les causes de chute en établissement ? Dans l’analyse HAS des chutes graves déclarées1, les causes les plus citées sont liées au résident : état de santé, troubles cognitifs, instabilité physique, médicaments sédatifs. Viennent ensuite des facteurs liés au travail : équipements, locaux, charge de travail, protocoles et communication dans l’équipe. Ces données portent sur des chutes graves déclarées et ne sont pas généralisables à tous les établissements. Comment repérer une personne âgée à risque de chute ? La HAS recommande de demander à toute personne âgée, si besoin à son entourage, si elle est tombée durant l’année précédente et dans quel contexte2. Les antécédents de chutes font partie des facteurs de risque à rechercher. Deux tests simples permettent ensuite d’identifier les sujets à risque : le Timed Up and Go et l’appui unipodal (sur une jambe)3. Après une chute, un syndrome post-chute peut s’installer : peur de tomber, perte de confiance en soi, puis désadaptation psychomotrice avec perte d’autonomie2. À quels moments les chutes surviennent-elles le plus souvent ? La nuit, le week-end et les changements d’équipe concentrent la majorité des chutes graves déclarées à la HAS. Côté saisonnalité, les hospitalisations et décès liés aux chutes sont plus élevés en hiver qu’en été4. Les chutes augmentent-elles vraiment malgré la prévention ? Entre 2019 et 2024, les hospitalisations liées à une chute ont augmenté de 20,5 % et les décès de 18 % en taux standardisé selon Santé publique France4. Des experts estiment toutefois que cette hausse pourrait en partie refléter une meilleure remontée des données et une plus grande sensibilisation des médecins5. Pourquoi former les équipes à la prévention des chutes ? La HAS recommande de réitérer régulièrement les formations, intérimaires compris, et de disposer d’une procédure de conduite à tenir en cas de chute connue de tous les professionnels. La formation « Prévention des chutes » d’UDD répond à ce besoin. |
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1 HAS, Analyse des déclarations de la base de retour d’expérience nationale des évènements indésirables graves associés aux soins (EIGS) en lien avec une chute de patients, novembre 2021
2 « Le syndrome post-chute : comment le reconnaître et le traiter », Revue médicale suisse, Jérôme Morisod, Martial Coutaz
3 Programmes de prévention des chutes reposant uniquement sur l’exercice physique, Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM, 2015)
4 Hospitalisations et mortalité en lien avec une chute chez les personnes de 65 ans et plus en France, données 2015-2024, Santé Publique France
5 « +20 % d’hospitalisations liées aux chutes des personnes âgées : comment les éviter ? », Pourquoi Docteur, Sophie Raffin (2026)