Le 12 mai dernier, l'Université du domicile (UDD) réunissait à la Scène nationale 61 d'Alençon une vingtaine de partenaires, animateurs et pilotes pour dresser le bilan du projet Deffinov et ouvrir de nouvelles perspectives pour le kit pédagogique Ecoloop. Une journée créative durant laquelle une communauté s’est mobilisée autour des modalités pédagogiques permettant d’appréhender l’économie circulaire, la transition alimentaire et la transition énergétique.
Une journée pour célébrer, partager et se projeter
Le 12 mai dernier, la Scène nationale 61 d'Alençon a vibré d'une énergie particulière et cela restera comme une journée créative et circulaire, où les idées ont tourné ! Une vingtaine de participants, professionnels de la formation, animateurs, partenaires institutionnels, pilotes terrain, se sont retrouvés pour dresser le bilan et poser les perspectives dans le cadre du projet projet « Normandie connectée – Nouveaux espaces de compétences – Deffinov », autour du kit pédagogique Ecoloop, développé par l’UDD et ses partenaires. Dès l'ouverture, le ton a été donné par Julie Lemonnier, responsable du Campus Alençon : « Transformer chaque participant en ambassadeur, et repartir avec plus de clés pour animer ».
La présence de deux journalistes de la presse locale, Ouest France et Tendance Ouest, a marqué l'intérêt que suscite cette démarche au-delà du cercle des initiés. Et la journée a tenu ses promesses.
Deffinov : un projet collectif, des engagements tenus
Tout commence en avril 2023. L'UDD répond à l'appel à projets Deffinov, destiné à soutenir la formation au sein des tiers-lieux. L'organisme figure parmi les premiers lauréats normands : une fierté, d'autant que le projet n'était alors qu'une intention, tout comme l’idée d’un kit pédagogique incluant un jeu.
Ce projet est institutionnel dans le meilleur sens du terme : il fédère, il engage, il tient ses promesses. La Région Normandie en est le premier soutien, finançant près de la moitié du dispositif, comme l'a rappelé Sophia Habibi-Noori, Conseillère régionale, présente lors de la journée. La Fondation du domicile a également contribué au financement. À leurs côtés : un consortium de partenaires, un comité de pilotage, neuf organismes pilotes qui ont testé le kit sur le terrain depuis le début de l’année 2026.
Ce partenariat pluriel a permis de construire un outil ancré dans des réalités diverses : MCE-M3S (plateforme des métiers de l'autonomie de l'Orne), la Boîte à, et bien d'autres structures ont expérimenté le kit auprès de leurs publics, en ont remonté les enseignements, ont contribué à l'affiner.
Ecoloop : former sans donner de leçons
« Le changement climatique est une problématique fondamentale. Ecoloop est une illustration de l'engagement de la région en faveur du développement durable », a insisté l'élue régionale. Et justement, au cœur de la journée figurait ce jeu de plateau immersif, et son kit pédagogique, conçus pour un petit groupe de joueurs et un facilitateur, édité par Désclic. Son principe ? Chaque choix du quotidien produit une conséquence visible dans le jeu. Les joueurs accumulent ou réduisent des écopoints (sorte de malus écologiques) en arbitrant entre temps, argent et impact environnemental. « Le but est d'avoir l'impact environnemental le plus bas. C'est assez ludique », résume Vanessa Maillard, qui avait animé les sessions tests avec l'association Le Gobelin Farceur.
Le plateau représente une ville vivante (recyclerie, marché, boutiques) et invite à se déplacer, échanger, troquer. Autour du jeu s'articule un kit pédagogique complet : fiches DIY, recettes de cuisine, vidéos, ateliers, quiz, open badges. « Le jeu n'est pas une fin en soi : il prend toute sa dimension lorsqu'il est intégré dans un parcours pédagogique complet », insiste Julie Lemonnier.
Trois grandes thématiques structurent le dispositif :
- La transition alimentaire ;
- La transition énergétique ;
- L'économie circulaire et le réemploi.
Des échanges en chaîne
Deux ateliers ont ponctué la matinée, répartis sur trois tables. Pour le premier exercice : chacun devait choisir un appareil électroménager qui lui est cher (lave-vaisselle, bouilloire, aspirateur, micro-ondes, réfrigérateur), le présenter et décrire ses propres pratiques avec cet objet. Les participants pouvaient ensuite explorer, grâce à des fiches pédagogiques, les gestes concrets qui en réduisent l'impact. Les données partagées se sont avérées précises, parfois surprenantes :
- 87 % d'eau consommée en moins avec un lave-vaisselle par rapport à la vaisselle à la main (à condition de laisser couler le robinet) ;
- Passer en cycle éco sur un lave-linge représente -15 % d'énergie ;
- Dérouler complètement le câble d'aspirateur évite la surchauffe du moteur lors d'utilisations prolongées.
« Je suis étonnée que mon détartrage au vinaigre à froid soit moins recommandé qu'avec de l'eau mise à bouillir », a lancé Florie, déclenchant une série d'échanges. Céline, pour sa part, a partagé son astuce des coquilles d'huîtres dans la bouilloire comme anticalcaire naturel. D'autres ont enchaîné sur le vinaigre aux épluchures d'agrumes comme désinfectant, ou les feuilles de laurier brûlées pour éloigner les insectes.
Ces échanges illustrent parfaitement la philosophie d'Ecoloop : former sans donner de leçons, faire émerger le savoir que chacun porte déjà, et créer les conditions du passage à l'acte.
La réflexion a aussi pris une dimension sociale. Muriel, qui accompagne des personnes au RSA, a posé la question de l'accessibilité : « On ne peut pas leur demander d'effort financier ». Marie-Florence, de son côté, a interrogé le passage du savoir au geste : « Cette façon de dire "on le sait", comment l'inclure dans nos gestes du quotidien ? » Clara a ainsi résumé sobrement : « Ça se joue aussi dans les détails, c'est un fait ».
Fils conducteurs de tous les supports d’Ecoloop, les 5 R ont été détaillés par les animateurs :
- Recycler,
- Réduire,
- Réutiliser,
- Remplacer,
- Renouveler.
Des verbes d’action qui sont au cœur des notices pédagogiques made in UDD, et ont suscité l’adhésion. Florie imagine déjà leur potentiel : « Si on intégrait une infographie explicative dans les notices d'appareils électroménagers, ludique et claire, plutôt qu'un mode d'emploi de 100 pages ? » Amélie, formatrice d'alternants, y voit une application immédiate : « Cela donne des idées sur la forme que peuvent prendre des fiches pour l'entretien de matériel professionnel ».
Quiz, jeux collectifs, pour une logique résolument circulaire
L'après-midi s’est poursuivi sur la même lancée, avec des jeux collectifs et des quiz pour ancrer les réflexions. L'objectif : la mise en commun d'idées d'animation. On est circulaire ou on ne l'est pas, même pour les idées !
À l'image de la journée elle-même, les participants se sont réapproprié les 5 R du kit. Plusieurs groupes ont proposé leurs propres déclinaisons : rencontres, rebond, ressources, re-création, remue-méninges, ou encore, réagir, revenir, remerciements.
Une facilitatrice graphique, présente tout au long de la journée, a immortalisé les échanges en temps réel sur une fresque collective. Ce support visuel a accompagné la progression des ateliers comme un fil conducteur, reflétant la richesse des discussions.
Open badge et communauté : les suites concrètes du projet
A l’heure du bilan, Julie Lemonnier n’a pas manqué de souligner que « Peu de portables ont été sortis, et c'est bon signe ! ».
Quant à la participation à cette journée, elle est reconnue par l’obtention d’un open badge, une certification numérique attestant d'une nouvelle compétence. Un signe fort, celui que l'engagement ne s'arrête pas à la porte de la salle.
Le projet continue, sous une forme expérimentale, et l’objectif est clairement posé : « Nous espérons avoir engagé la naissance d'une communauté », comme a conclu Julie Lemonnier. Des animateurs, formateurs, pilotes, qui feront vivre Ecoloop sur leurs territoires.
Les livrables seront partagés avec l'ensemble des participants. Et le kit complet, avec son guide d'animation, devrait être finalisé d’ici novembre 2026, avant une diffusion plus large prévue pour 2027.